TAYSSIR CERFS VOLANTSTayssir BATNIJI
de la série « Gaza/la ville », 1999-2006


Pourquoi je suis dans ce projet :
Je participe à cette initiative, pour porter secoure à mon peuple qui, depuis un mois est en train de subir des massacres atroces perpétré par l’armée sioniste, contre des femmes et des enfants, avec la complicité des gouvernements du monde soit disant « libre » et celle de certains pays arabes. J’appelle tout les artistes du monde entier et tout ceux qui croient encore en l’humanité, la liberté et à la justice de faire du même.
Depuis que j’ai quitté Gaza il y a une douzaine d’année et à chaque fois que j y retournais, j’éprouvais un sentiment de tristesse et d’angoisse, surtout pendant les premiers jours, en constatant combien de choses, en se dégradant , avaient changé pendant mon absence. J’éprouvais une frustration, je me sentais déchiré entre mon désir de rester et celui de repartir. En dehors du plaisir de revoir ma famille, mes amis ou de voir la mer, il n’y a pas grand-chose à faire à Gaza. Le travail est devenu une denrée rare à cause des mesures d’enfermement imposées par l’occupation . Et Gaza est une ville où les espaces de loisirs (cinémas, théâtres, lieux d’exposition…) ont été assez tôt détruits jusqu’à devenir presque inexistants. Parfois, je partais le matin, mon appareil photo dans mon sac, avec l’intention de faire quelques clichés en ville. Mais, une ou deux heures après, je rentrais souvent à la maison sans avoir, par timidité ou par discrétion, ou faute de motivation, sorti mon appareil.
Photographier Gaza a toujours été important à mes yeux. Cela m’aide à enregistrer mon quotidien, comme d’autres rédigeraient un journal intime, ou peut-être même, inconsciemment, à résister à l’usure continue de la ville en en établissant, à l’occasion de chacun de mes passages, une sorte d’inventaire. Le fait d’être né à Gaza nourrit certainement ma fascination pour ce lieu, mais il y a d’autres raisons, que je ne saurais préciser, qui ne seraient pas explicables selon les critères esthétiques que l’on peut attribuer à une ville. Gaza n’est pas une « belle ville ». C’est un endroit où , de par sa situation politique, démographique ( la plus grande densité de population mondiale ) , et sa constitution physique, urbaine ou sociale, il est difficile, voire impossible d’être seul ou de profiter d’un peu d’intimité, où l’on est sans arrêt traqué par les regards des autres, sujet de leur curiosité… C’est aussi un endroit où l’on peut vivre de manière tout à fait improvisée, souvent parce que ce n’est pas possible autrement, ou où l’on peut se trouver confronté à des situations complètement inattendues…

Biographie :
Taysir Batniji,
Né à Gaza (Palestine) en 1966, il fait ses premières études d’art à l’Université Al-Najah de Naplouse en Cisjordanie entre 1985 et 1992. De 1995 à 1997, grâce à une bourse du gouvernement français, il poursuit sa formation à l’École Nationale supérieure des Beaux-Arts de Bourges. Depuis, il vit et travaille entre Paris et la Palestine. Dans cet entre-deux géographique et culturel, il a pu développer une pratique artistique pluridisciplinaire (dessin, peinture, installation, performance, etc.) dont l’image, photo et vidéo, est au centre depuis 2001.
Après sa première exposition personnelle à Paris en 2002, montrant des travaux réalisés à Gaza en 2001, il a multiplié ses participations à de nombreuses expositions, biennales et résidences en Europe et dans le monde : les Rencontres d’Arles et C’est pas du Cinéma ! au Fresnoy en 2002, Représentations Arabes Contemporaines à la Biennale de Venise en 2003, Heterotopias à la Biennale de Thessalonique et la Biennale de Sharjah en 2007, Palestine c/o Venice à la Biennale de Venise en 2009, la Biennale cuvée à Linz en 2010, les Biennales d’Istanbul et de Venise en 2011, The Sea is my Land, exposition itinérante en Italie en 2013-2014, L’Avenir (looking forward) à la Biennale de Montréal, Now Babylon au Louisiana Museum of Modern Art de Humlebaek au Danemark, Thanks for Writing au 601artspace de New York et Customs Mode : Quotidien Practices and Everyday Rituals au Maraya Art Centre de Sharjah en 2014…

Taysir Batniji est Lauréat du prix Abraaj Group Art Prize en 2012. Ses œuvres font partie de grandes collections institutionnelles comme le Centre Pompidou et le FNAC en France, V&A Museum et The Imperial War Museum à Londres, Queensland Art Gallery en Australie, Zayed National Museum à Abu Dhabi…
Taysir Batniji est représenté par les galeries Sfeir-Semler (Hambourg/Beyrouth) et Eric Dupont (Paris).
http://www.taysirbatniji.com/