HISTOIRES ET REVES / La corde à linge from Palestine Calling on Vimeo.

HISTOIRES ET REVES / Le mari sans femme from Palestine Calling on Vimeo.

HISTOIRES ET REVES / La grand mère et l’olivier from Palestine Calling on Vimeo.

HISTOIRES ET REVES / Le rêve de la hyène from Palestine Calling on Vimeo.

HISTOIRES ET REVES / Une histoire de farine from Palestine Calling on Vimeo.

HISTOIRES ET REVES / Deux innocentes plaisanteries from Palestine Calling on Vimeo.

HISTOIRES ET REVES / La fiancée du checkpoint from Palestine Calling on Vimeo.

HISTOIRES ET REVES / Ma femme, mon amie from Palestine Calling on Vimeo.

HISTOIRES ET REVES / Car je suis au début du chemin from Palestine Calling on Vimeo.

LA CHAMBRE D’EXOUTE
Installation sur douze écrans ou film en douze parties
Caméra et réalisation : Dominique Dubosc
DVcam couleur 4/3 – Durée : 41 minutes
Production KINOFILM 2005-2006

http://www.dominiquedubosc.org/film.php?film=HISTO

Sur la frontière entre le réel et l’imaginaire, dix histoires palestiniennes (rêves, légendes urbaines, lettres d’amour et simples témoignages) : une plongée dans la terreur et la folie vécues par les colonisés quand tout peut arriver…

Synopsis
Dans l’inconscient où tout est possible, moi seul impossible,
où l’on sèche éternellement suspendu à une corde à linge,
où l’on est perdu pour toujours dans sa propre rue,
où le rêveur aveugle, tombé au pouvoir d’une hyène, se voit dépecé,
où il suffirait d’un geste pour se sauver, un geste qui ne s’accomplit jamais…
dans l’inconscient palestinien pourtant, une jeune fille quelquefois
redresse la situation, une vieille femme dans sa folie surmonte l’humiliation
et les amants séparés traversent librement les murs de la prison.

1 – Où aller ? (1’10 »)
2 – La corde à linge (1’29 »)
3 – Le coq et le renard (3’22 »)
4 – Le mari sans femme (4’45 »)
5 – Le coup du chocolat (2’17 »)
6 – La grand mère et l’olivier (2’09 »)
7 – La hyène (2’49 »)
8 – Une histoire de farine (3’15 »)
9 – Deux innocentes plaisanteries (7’17 »)
10 – Les fiancés du checkpoint (2’00 »)
11 – Ma femme, mon amie (7’17 »)
12 – Au début du chemin (6’54 »)

Fin 2004, j’ai entendu et filmé à Ramallah l’histoire que j’ai appelée Les fiancés du checkpoint. Cette légende urbaine qui raconte la merveilleuse initiative d’une jeune femme sur un barrage israélien peut être interprétée de différentes façons. J’y vois pour ma part l’expression inconsciente d’une sagesse politique issue de l’expérience collective de la Première Intifada.
Très intéressé, j’ai cru pouvoir trouver d’autres légendes du même ordre, mais je n’en ai découvert aucune qui ait la même qualité poétique. J’ai néanmoins décidé de poursuivre mes recherches sur cette frontière entre le réel et l’imaginaire. Les douze « histoires » que j’ai finalement recueillies comprennent des rêves nocturnes, des fables, des lettres d’amour et de simples témoignages, qui ne sont pas les moins étranges.

Histoires et Rêves palestiniens :

1 – Où aller ? (rêve)
C’est un rêve d’angoisse, d’absurdité et de colère.
Oum Ali, qui est descendue en ville faire des courses, se retrouve dans un quartier connu et inconnu à la fois, où les soldats (israéliens) ont imposé le couvre-feu d’un côté de la rue… et pas de l’autre.
Comment passer, par où revenir ?
« La vérité, explose Oum Ali à la fin, c’est que je ne sais pas où j’étais, voilà quoi ! Je ne sais pas si je suis sortie ou pas de ce rêve, par Dieu ! »

2 – La corde à linge (rêve)
Oum Ali part cette fois à Bethléem, voir ses deux sœurs mariées.
Un voyage de deux ans ( !…) à cause des checkpoints.
Arrêtée par d’incompréhensibles barrages de terre, hauts comme des pyramides, elle pense pouvoir passer sous une sorte de pont en contrebas de la route.
Elle voit alors qu’ « ils » ont tendu des cordes à linge et mis dessus les gens à sécher !
Quelqu’un demande : « Pourquoi traitez-vous les gens comme du linge ? »
Quelqu’un répond : « Qu’ils restent étendus comme ça, ils n’ont rien de mieux à faire, qu’ils restent étendus comme ça, les Palestiniens ! »

3 – Le renard et le coq (fable syrienne)
La scène se passe dans la cuisine de mon amie Wafa, à Dheisheh.
Son plus jeune fils, Ward, est assis en bout de table et répète, avec une paresse prodigieuse, une fable qu’il doit apprendre par cœur.
Il est si drôle – et la fable (du renard qui demande au coq de l’embrasser, jurant que c’est par pure affection…) est tellement de circonstance – que je lui demande de me la réciter.
Ward s’exécute en lorgnant honteusement sur son texte, jusqu’au moment où, n’en pouvant plus, il repousse le livre et me raconte l’histoire à sa façon !

4 – Le mari sans femme (récit)
En 1996, après ses études d’ingénieur agronome en France, Ra’ed rentre à Hébron où sa mère le presse de se marier (elle a préparé toute une liste d’épouses possibles).
Bien qu’il rejette catégoriquement cette tradition, c’est de la façon la plus traditionnelle que Ra’ed se présente à une jeune femme et à sa mère (rencontrées dans la rue) pour leur demander l’autorisation de leur rendre visite et faire sa demande dans les formes.
La jeune femme habite Jérusalem, ce qui, à l’époque, ne posait pas de problème : Ra’ed s’y rend plusieurs fois et six mois plus tard, il est accepté.
Le couple a trois enfant dans les quatre ans qui suivent. La famille s’installe à Hébron, dans la maison familiale de Ra’ed. La femme, qui est institutrice, garde son emploi à Jérusalem (qui n’est qu’à une demi-heure en voiture, en ce temps-là).
Arrive l’Intifada et l’interdiction pour les habitants des Territoires occupés de se rendre à Jérusalem et vice versa.
La famille doit rapidement choisir : soit les enfants restent à Hébron avec le père, soit ils vont vivre à Jérusalem avec la mère.
C’est ainsi qu’en 2001, Ra’ed est devenu « un mari sans femme ».
La famille résiste néanmoins, soit que Ra’ed marche jusqu’à Jérusalem à travers champs, soit que sa femme vienne à Hébron avec les enfants, en empruntant la route des colons et en s’infiltrant par un chemin de terre.

5 – Le coup du chocolat (suite du mari sans femme)
Pour vivre un peu ensemble malgré tout, la femme et les enfants de Ra’ed viennent passer tous les week ends à Hébron. Mais chaque fois, il faut trouver le chemin de terre non barré qui permet d’entrer et surtout de ressortir, c’est-à-dire de remonter sur la route principale (réservée aux colons).
Cette fois-là, Ra’ed et sa famille se font tout de suite repérer par une patrouille, qui les arrête. Ra’ed explique à l’officier qu’il ne cherche pas à se rendre à Jérusalem, et qu’en revanche sa femme, qui est jérusélamite, ne cherche qu’à rentrer chez elle.
L’officier téléphone pour demander des ordres.
Pendant ce temps, un « gentil » soldat offre du chocolat aux enfants.
Les ordres sont finalement de renvoyer toute la famille à Hébron, sans préjudice de sanctions futures.
Conclusion : il ne peut pas y avoir de checkpoint ‘humain’, chocolat ou pas chocolat.

6 – La grand-mère et l’olivier (rédaction d’enfant)
Ma grand-mère (dit la petite fille qui lit sa rédaction) passe toutes ses journées sous son olivier, devant la maison.
Elle prétend qu’elle est née dessous et que sa mère y est morte.
Une nuit, les colons arrivent. Toute la famille se sauve dans les champs… en oubliant la grand-mère, qui n’a rien entendu car elle est sourde.
Le lendemain, les parents et les enfants reviennent et découvrent les dégats.
Mon père, conclut la narratrice, se trouvait alors devant deux gros problèmes: d’abord reconstruire l’enclos à moutons, ensuite… expliquer à la grand-mère où était passé son olivier.

7 – La hyène (rêve)
Rêve d’angoisse et de réconfort.
Pendant sa longue détention dans le terrible camp d’Ansar III, au sud du Néguev, le marionnettiste Nidal al-Khatib rêve une nuit qu’il est devenu aveugle, comme son père (dans la vie).
Son père, qui est également présent dans le rêve, le réconforte en lui racontant l’histoire de la hyène qui cherche à attirer les hommes dans sa tannière, mais dont on peut se défendre si on n’oublie pas d’allumer l’allumette qui la fera fuir. C’est-à-dire, explique Nidal, si on sait maîtriser sa peur, sa colère, et tous les sentiments incontrôlés qui maintiennent l’emprise de la hyène.

8 – Une histoire de farine (récit)
Oum Said n’a plus qu’une dent plantée au milieu de la mâchoire supérieure. Elle parle en criant, pour ainsi dire. L’histoire qu’elle raconte est banale et se termine bien (pour quelqu’un qui a déjà eu deux fils tués). Elle rit de bon cœur, à moitié folle de douleur.
Pendant la première Intifada, les Palestiniens couvraient les murs d’inscriptions anti-israéliennes. De leur côté, les soldats obligeaient les habitants à effacer les slogans inscrits sur leurs maisons.
Un jour, la patrouille exige que le petit Said efface une inscription. Sa mère prépare donc un seau de lessive, mais dans son trouble, au lieu de lessive, elle verse de la farine dans l’eau…
Le soldat israélien, croyant qu’on se fout de lui, bat l’enfant et lui renverse le seau sur la tête.
Said, les deux jambes cassées, boîte encore aujourd’hui.

9 – Deux innocentes plaisanteries (récit)
Le grand folkloriste palestinien Chérif Kanana, professeur à l’université de Bir Zeit, raconte dans son anglais tout britannique deux histoires de checkpoint : deux incidents « mineurs » (mais d’une tout autre importance symbolique) auxquels il a personnellement assisté et qui l’ont consterné.

10 – Les fiancés du checkpoint (légende urbaine)
Oum Amer m’assure l’avoir vu de ses propres yeux en 2005 (mais Chérif Kanana a enregistré une première version de cette histoire en octobre 2000)…
En se rendant à un mariage dans un village voisin, Oum Amer est bloquée avec toute une foule sur un barrage.
Comme dans les histoires de Chérif Kanana, un soldat israélien s’amuse : il veut bien laisser passer la noce, à condition que la mariée (ou fiancée) embrasse un jeune cheikh (un croyant qui suit les préceptes du Coran) qui se trouve là. Lequel se récrie : Plutôt mourir, etc…
La jeune fille, encouragée par la foule, se décide cependant à sauter le pas, s’approche du cheikh et lui dit : Tu es mon frère, donc je peux t’embrasser. Ce qu’elle fait.
Puis elle se tourne vers son fiancé et lui dit : Si tu veux renoncer à moi maintenant, fais-le et que tout le monde sache bien pour quelle raison. Le fiancé répond : Je ne te rejette pas, bien au contraire, car je suis fier de toi.
Et la foule tout entière, à la suite des fiancés, franchit le checkpoint !

11 – Ma femme, mon amie (lettre)
Wafa lit quelques lettres qu’elle a échangées avec son mari pendant ses différents séjours en prison.

12 – Au début du chemin (récit)
Deux jeunes (ex)prisonniers palestiniens racontent leur arrestation et leur dure expérience des prisons israéliennes.

FIN